dimanche 25 octobre 2015

Avertissement

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L'introduction de Jean-Marie Mengin



GR 46

Sentier Touraine - Quercy

(Tours – Cordes-sur-Ciel)

-825 km-



Le GR 46 relie la Touraine au Quercy. Provenant de Tours (Indre-et-Loire), il parcourt le sud du Bassin parisien (val de Loire et vallée de l’Indre), traverse le Massif central dans sa partie occidentale (plateaux de la Marche, Combrailles, Montagne limousine, plateaux du Limousin et causses du Quercy). Il se termine dans l’Albigeois, sur le rebord du Bassin aquitain, à Cordes-sur-Ciel.
Il traverse les parcs naturels régionaux de Millevaches-en-Limousin et des Causses du Quercy.
Par la suite, le GR 46 sera prolongé, après que je l'aie parcouru, jusqu'à Toulouse.

J’ai parcouru ce sentier du 1er janvier 2005 au 12 septembre 2008, seul (de temps en temps avec Oscar, au début), et retrouvant Viviane aux étapes.



Samedi 1er janvier 2005 : Tours – le Chêne Pendu.

A la jonction avec le GR 3, le sentier de grande randonnée GR 46 naît à Tours (Indre-et-Loire) sur la rive gauche du Cher, au pont de St-Sauveur.
Parvenu en camping-car avec Viviane et notre chien Oscar en Touraine dans l’après-midi, j’entame à 15h30 ma randonnée.
La Touraine correspond pratiquement aux limites actuelles du département d’Indre-et-Loire.
Le temps est gris, bruineux…
Le sentier remonte le Cher vers l’est, sur les rives aménagées. Les îlots épars abritent cormorans et mouettes rieuses. Bientôt une bruine légère tombe, se fait insistante, perçante. Des Tourangeaux se promènent, parapluies ouverts, en ce premier jour maussade de l’année. Le GR se prolonge en un sentier rendu boueux par la pluie, passe sous le pont d’Arcole, se poursuit sur une digue entre la rivière actuelle et un ancien bras du Cher, isolé lors des travaux de mise en navigation. La pluie a maintenant cessé.
Je bifurque peu après pour monter vers Saint-Avertin, un village-banlieue de Tours, le long de rues interminables. Je débouche enfin dans les champs, retrouve un lotissement puis m’éloigne en milieu ouvert entre bois, bosquets et haies.
J’atteins la ligne TGV Atlantique. Je la traverse sur un pont ; je me dirige vers la forêt périurbaine de Larçay, aménagée et grillagée. L’accès en est autorisé jusqu’à 18h. Diable ! Il ne faut pas que je traîne, car la nuit tombe. Je traverse une allée rectiligne, j’atteins la lisière et je débouche au hameau du Chêne Pendu, sur la RN 143, à 18h. La nuit est tout à fait tombée.

Il me reste à joindre Viviane par téléphone pour que l’on puisse se retrouver sur cette route à deux voies de grande circulation. « C’est simple, tu te diriges vers Tours là où le ciel est rose. - Oui mais, tu es devant ou derrière moi ? » On parvient à se retrouver et l’on va passer la soirée et la nuit dans le fourgon à l’une des entrées de la forêt de Larçay, à quelques 500 mètres du GR. Les grilles de la forêt entre-temps ont été fermées. Les dernières voitures de promeneurs s’en vont…
Par la suite, je ferai une balade de nuit avec Oscar.

Dimanche 2 janvier 2005 : Le Chêne Pendu – Courçay.

Une fois le petit déjeuner pris, nous quittons la lisière pour rejoindre le Chêne Pendu.
Là, à 9h45, je m’engage avec Oscar de l’autre côté de la N143 à travers champs. Un bataillon de chasseurs s’apprête à encercler, chiens sur les talons, un misérable terrain nu. On chemine à travers champs, bois et bosquets. On pourrait se croire en pleine nature. Un chemin de lisière mène à l’entrée d’un hameau, débouche à 89 m d’altitude aux abords de serres de culture que côtoient quelques habitations.
Le GR se poursuit sur route puis pénètre en forêt aux abords de la vallée de l’Indre, rivière qu’il va remonter désormais presque jusqu’à sa source. On passe à proximité d’une porcherie, on traverse le hameau de Nantilly puis le ruisseau du même nom. Un petit chien lie connaissance avec Oscar. Par une route au milieu d’un paysage dénudé, on arrive à Esvres-sur-Indre.
On est ici en plein cœur de la région du noble-joué, un vin gris qu’une poignée de vignerons décidèrent de préserver en créant en 1975 la Confrérie du noble-joué.
Nous longeons des lotissements, traversons les ruelles du village et rejoignons un pont sur l’Indre où Viviane nous attend à 11h45.

Nous allons quadriller la région afin de trouver un endroit où nous arrêter pour manger. Difficile dans cette zone d’agriculture intensive. Ce sera près de la petite chapelle de N-D de Beauchêne, îlot boisé entre deux routes.

L’Indre, au cours jalonné d’anciens moulins, est une vallée sillonnée de haies.
Je repars seul à 14h30, sur la rive gauche de l’Indre. Il fait soleil. Je passe à côté d’une éolienne du XIXe siècle, j’atteins un campement de gens du voyage. Les enfants m’apostrophent, me demandent combien de kilomètres j’ai parcourus.
Le GR s’engage le long du ruisseau de l’Echandon, le franchit au moulin de Sauquet et se poursuit en lisière. A l’entrée du domaine du château de Montchenain, le GR 46 rencontre le GR de pays Sentier historique de Touraine avec lequel il va cheminer. A partir de là je vais m’engager dans de vastes étendues désolées sacrifiées à la rentabilité, sur des routes ou chemins agricoles sans âme. Quelques rares îlots de verdure. La vue porte loin : les promeneurs du dimanche se distinguent à des kilomètres à la ronde, sans végétation pour les dissimuler.
La Champeigne tourangelle est un pays d’étendues découvertes assez monotone où dominent blés et noyers.
La région Centre, et donc la Touraine, a subi de plein fouet les désastres écologiques du remembrement.
Le chemin gagne à nouveau la vallée de l’Indre et entre à Cormery, petite ville célèbre pour son abbaye et… ses macarons. Massive tour St-Paul.
Les GR traversent l’Indre, bifurquent sur la rive droite, remontent la rivière en contrebas du village de Truyes. Le soleil est rasant. Le sentier côtoie de nombreux moulins, longe de près ou de loin le cours d’eau par un chemin de lisière. Peupliers, zones humides, corbeaux dans les peupleraies…
J’atteins Courçay. Le sentier franchit l’Indre, de nouveau sur la rive gauche. Je retrouve Viviane et Oscar à 17h30, en face d’un bistro, à la tombée de la nuit.

Nous retournons passer la soirée aux abords de la forêt de Larçay où nous avons dormi hier soir.

Lundi 3 janvier 2005 : Courçay – moulin de la Follaine.

A 10h, retour à Courçay.
Alors que Viviane va boire un café au bistro, je gagne avec Oscar le plateau. Le givre recouvre la végétation. Traversée d’immenses étendues sans arbre qui sont une vaste plaine céréalière. On aperçoit au loin les camions qui défilent sur l’inévitable N143, abominablement droite, avec tout le boucan induit. Le sentier bifurque à travers des champs de rave. Je laisse loin derrière moi Oscar, fouinant, creusant et agrandissant les galeries de rongeurs. Lorsqu’il ne me voit plus, il se décide à accourir enfin.
Heureusement une brume légère rompt la monotonie de ces paysages. A l’occasion de la traversée d’une zone plus humide, on atteint un milieu de haies et de lisières, bref espace de verdure.
Le GR 46 et le GRP redescendent dans la vallée, ici plus encaissée. On longe l’Indre et on atteint Reignac-sur-Indre. Les GR se dirigent vers la rive droite. La partie la plus ancienne du bourg est située sur cette rive autour du château et de l’église. Après le bourg, on pénètre dans le bois de Reignac. L’itinéraire devient forestier, contourne le bois, rejoint des allées longeant de nombreuses parcelles privées.
On retrouve l’Indre. Une petite route puis un chemin de lisière non loin de la rivière mènent à un cimetière, à proximité du moulin de la Follaine où l’on retrouve Viviane à 12h30. Nous mangeons sur place dans le fourgon. Plus loin, là-bas, en face de nous, un camp de gens du voyage…

Dans l’après-midi, retour vers Le Menoux (département de l’Indre) où nous habitons.

*****

Samedi 26 mars 2005 : Moulin de la Follaine.

17h40 : accompagnés d’Oscar, Viviane et moi nous installons sur le GR  à côté du cimetière, à proximité du moulin de la Follaine, pour y passer la nuit.
Je fais une promenade avec Oscar vers Azay-sur-Indre, tout proche. Nous sommes samedi de Pâques. Le restaurant local est ouvert.
Une petite ondée nous surprend dans la soirée. Autre balade de nuit avec le chien vers le moulin, transformé en gîte et chambres d’hôtes.

Dimanche 27 mars 2005 : Moulin de la Follaine – Loches.

Le passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été a eu lieu cette nuit.
Temps maussade, petite pluie fine.
Je quitte le cimetière à 9h40 ; je passe le pont sur l’Indrois, à son confluent avec l’Indre, et je continue sur la D10. Je rejoins un camp de gens du voyage, avec des roulottes à l’ancienne. Le GRP Sentier historique de Touraine se poursuit dans la vallée de l’Indrois alors que le GR 46 bifurque en forêt, se rapproche de l’Indre. Il monte à travers champs, retrouve la forêt où un camp de quelques roulottes est stationné sur le chemin. Il emprunte une route et se dirige vers la forêt domaniale de Loches.
Un busard Saint-Martin virevolte au-dessus des céréales. Les champs de colza sont en pousse, encore verts. La route toute droite sans grand intérêt se poursuit en forêt parmi de hautes futaies de chênes.
Bifurcation dans une allée jusqu’à une lisière. Poursuite sur route à travers les étendues agricoles céréalières.
Au loin arrivent Viviane et Oscar. Le chien se précipite vers moi. Nous descendons ensemble vers le hameau de l’Ile Auger où des vestiges d’un pont romain enjambent un bras de l’Indre.

Nous retournons vers la lisière d’où je proviens, pour manger dans le Boxer.

C’est avec Oscar que je reprends la route dans l’après-midi. Pas d’amélioration du temps, mais pas de pluie.
Le GR s’éloigne de la rivière, rejoint des hauteurs dominant l’agglomération de Loches. Belle vue sur la citadelle et la collégiale. On atteint les vestiges d’un aqueduc gallo-romain, puis on chemine dans les vergers et les faubourgs de Beaulieu-lès-Loches. On entre dans le village et l’on emprunte la variante qui mène à Loches.
Viviane nous attend sur une place à l’entrée de la ville. Nous traversons en voiture le lit majeur inondable de l’Indre, entrons dans Loches à 16h.

Nous gagnons le camping, situé sur le GR qui longe la rivière. Nous nous installons et partons ensuite faire une balade en ville, dans la cité médiévale.
Etagée sur les flancs d’une colline, Loches, ville natale d’Alfred de Vigny, domine, du haut de son donjon rendu tristement célèbre par Louis XI, la riante vallée de l’Indre et la campagne environnante. Deux femmes hantent l’atmosphère de ces lieux : Jeanne d’Arc et Agnès Sorel. Jeanne d’Arc vint y retrouver Charles VII pour le presser de se rendre à Reims.
Nous visitons la collégiale St-Ours. Des échafaudages provisoires soutiennent le tombeau d’Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII, qui dormait depuis la Révolution au Logis royal et qui rejoint ainsi son lieu d’inhumation d’origine. C’est ce qu’un quidam nous explique. L’inauguration du retour aura lieu demain.
Nous rentrons à 18h au camping. A la nuit je ferai encore une balade avec Oscar jusqu’à la ville, le long du GR.

Lundi 28 mars 2005 : Loches – lac de Bridoré.

Je quitte le camping à 9h40.
Le GR 46 grimpe par des ruelles à proximité du donjon. Maisons tourangelles en tuffeau, blocs de calcaire crayeux, soigneusement lissés…
Le sentier s’éloigne sur les hauteurs du sud de Loches. Il chemine dans les prés où je m’égare quelque peu, suite à un défaut de balisage. Il franchit le périphérique qui contourne la ville, remonte dans les champs jusqu’à l’altitude de 131 m.
Le sentier blanc et rouge entre à Perrusson, traverse la N143 puis le lit de l’Indre où s’étalent les méandres paresseux de la rivière. Sur l’autre rive, je rejoins la variante directe du GR provenant de Beaulieu-lès-Loches.
Le GR 46 maintenant va remonter sur les collines. Colzas et blés encore verts emplissent l’espace. Après le hameau de la Baudière, l’itinéraire passe aux ruines du Champ Chenu et s’engage dans un sentier herbeux. Tiens, un parcours agréable, vert, avec quelques bocages ! Les primevères acaules fleurissent dans les fossés…
Sur une route départementale, à l’entrée de Saint-Germain, je retrouve Viviane. Nous mangeons dans un pré. Une cargaison de vêtements a été déversée là dans la nature !

Le soleil est revenu. Après une sieste dans le camping-car, je repars à 15h avec Oscar. On traverse St-Germain, de nouveau l’Indre puis l’abominable N143. En ce lundi de Pâques, la route Tours – Châteauroux est particulièrement fréquentée.
Le parcours traverse un bois, débouche dans les champs, longe des propriétés agricoles, atteint un chemin de crête puis une pinède à 135 m d’altitude. Il bifurque brusquement pour se diriger vers Verneuil-sur-Indre (qui n’est pas sur l’Indre). Il traverse le village, longeant les murs du château, pour remonter à travers des champs desséchés vers la ferme Mordant. Les poules et les canards se replient prudemment à notre approche. Philosophe, Oscar reste imperturbable.
On rejoint le chemin de crête. A l’intersection avec une petite route agricole, je contacte par téléphone Viviane qui devait m’attendre là mais qui n’a pas trouvé le lieu de rendez-vous. Elle nous rejoint bientôt en Boxer. Nous roulons ensemble sur le GR carrossable jusqu’au lac de Bridoré. Installations de loisirs et camping désertés à cette époque. Il est 17h30.

Nous revenons nous installer pour la nuit sur le chemin de crête, en bordure de la pinède rencontrée tout à l’heure, à côté d’un champ de blé.
Une voiture intriguée par notre présence passe plusieurs fois dans le coin…

Mardi 29 mars 2005 : Lac de Bridoré – les Roches.

Il a plu cette nuit. L’herbe est mouillée, glissante. Impossible de se rétablir sur le chemin. Après quelques essais infructueux pour nous désenliser avec des branchages, je pars à pied demander de l’aide à la ferme Mordant, en contrebas. Le paysan nous rejoint avec son tracteur pour nous tirer de ce mauvais pas. C’est lui qui tournait hier soir…

A 10h30 je reprends ma randonnée depuis le lac de Bridoré sous une pluie fine.
Le château de Bridoré, forteresse médiévale, domine le paysage. Je contourne les remparts et me dirige à travers champs vers Fléré-la-Rivière.
Ce faisant, le GR 46 pénètre dans le département de l’Indre. Nous sommes maintenant dans la province du Berry. Pays d’ancienne civilisation, le Berry ne constitue pas à proprement parler une région naturelle, mais une réunion sous la pression historique de diverses régions à l’individualité marquée. Le Bas-Berry recoupe le département de l’Indre. Ici, c’est le Boischaut-nord, avec son bocage qui résiste tant bien que mal à la mécanisation outrancière.
A Fléré-la-Rivière, le GR longe la N143 et s’éloigne le long du ruisseau de la Fontaine de Saint-Flovier (forêt humide). Il traverse de mornes étendues, entrecoupées de propriétés. Ça et là apparaissent à l’horizon de grands silos. Je gagne un vallon, passe une ferme pédagogique d’initiation pour les petits citadins, traverse le hameau de la Reuille aux belles maisons de style berrichon. Un peu de soleil, puis une giboulée. Quelques bocages parsemés.
Au moulin de Ripeau, je franchis le ruisseau de Grand Rys où Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre. Nous gagnons ensemble le hameau d’Ornay à 13h.
Nous mangeons non loin de là dans le fourgon sur le GR.

A 15h30 je reprends mon parcours avec Oscar, et l’on atteint Châtillon-sur-Indre. On va parcourir le secteur préservé de la vieille ville au pied de son donjon. On traverse à niveau la zone alluviale de l’Indre pour rejoindre la rive droite où le sentier se poursuit. On gagne quelques bocages, on piétine dans un chemin bourbeux. Oscar sera propre pour grimper dans le Boxer ! Je connais quelqu’un qui sera content… Dans les haies, les aubépines sont en fleurs.
17h40 : Viviane nous attend au nord-est du hameau des Roches.

Croyant gagner du temps, j’emprunte en sens inverse le sentier avec le fourgon. Le chemin est plus boueux que je ne le pensais. Nouvel enlisement. Il me faut partir à nouveau à la recherche d’aide. Je descends à Vignolles ; là une dame m’emmène en voiture aux Vaux chez un agriculteur. Je monte avec lui sur le tracteur, et nous allons tirer le fourgon de son ornière.
Nous retournons ensuite au camping de Loches, où nous étions dimanche soir.

Mercredi 30 mars 2005 : Les Roches – Saint-Genou.

Journée ensoleillée avec nuages.
Le GR 46 se poursuit de cultures en bosquets, de hameaux en fermes et résidences secondaires, par des chemins et petites routes de campagne que sillonne le facteur.
Je traverse Le Tranger, localité du bord de l’Indre. Maisons berrichonnes aux encadrements de portes et fenêtres calcaires…
Le sentier se poursuit sur des hauteurs dominant la vallée, parmi des champs de blé et quelques bocages qui résistent encore à la céréaliculture, avec quelques haies verdoyantes où prunelliers et aubépines foisonnent.
Je rencontre Viviane et Oscar à proximité des fermes de la Vix. Nous mangeons dans le camping-car au bord du chemin.

Dans l’après-midi, nous empruntons en Boxer le GR sur une route bitumée, sans intérêt à pied. Nous traversons ainsi Palluau-sur-Indre, franchissons la rivière pour gagner l’entrée de Saint-Genou, vers 15h30.

*****

Jeudi 5 mai 2005 : Saint-Genou – la Chatonnière.

Nous mangeons dans le Boxer à côté d’un pylône des télécoms, au bord de champs de céréales.

14h : à la sortie de Saint-Genou, non loin d’un curieux monument dit « lanterne des morts », s’engage le GR 46, quittant le village vers l’est par un chemin bordé d’arbres et de genêts à balais. Il monte peu après dans les cultures, rencontre un camp de gens du voyage (« salut ! ») et s’éloigne dans un champ de colza dont la couleur jaune se défraîchit.
Beau soleil mais température fraîche. Vieux balisage presque inexistant. Le sentier se perd aux abords de la N143, la traverse et gagne le hameau de la Bourdaisie. Le GR disparaît dans un champ de céréales qu’il me faut couper en plein milieu.
Après un bocage et quelques étangs, j’entre dans le parc naturel régional de la Brenne pour une incursion de trois kilomètres au nord-est du parc : friches et pinèdes, jusqu’à l’étang de la Vienne et l’étang Baron, à la porte du parc. Là, Viviane m’attend dans un sous-bois ombragé où, en ce jour férié de l’Ascension, des promeneurs viennent prendre l’air.
Je poursuis la randonnée en emmenant Oscar. Le GR s’engage à travers bois et friches. Bientôt le balisage blanc et rouge diffère du tracé de la carte de randonnée. Viviane nous précède avec le fourgon et nous attend à intervalles réguliers. Par repérage topographique, nous nous retrouvons à 16h45 au bord d’une prairie en lisière d’un bois : friche de graminées rougeâtres en face d’un champ de colza. L’agriculteur arrive en tracteur. Nous lui demandons si l’on peut passer la nuit ici. OK !

Sous le soleil baissant, une linotte mélodieuse et un traquet pâtre sur les plants de colza… Plus tard je fais une promenade avec Oscar sur le GR jusqu’au hameau de la Chatonnière tout proche. A la tombée du jour, un chevreuil aboie, m’apercevant dans la prairie. Un rossignol va chanter toute la nuit…

Vendredi 6 mai 2005 : La Chatonnière – Villedieu-sur-Indre.

A 9h, je quitte la Chatonnière sous un ciel terne. Etang, bois, étendues de colza et de seigle, chant monotone du coucou…
Le sentier se rapproche du contournement routier de Buzançais. Franchissant la N143 et la voie ferrée, le GR traverse l’Indre et entre à Buzançais.
Il arpente une longue rue qui longe la rivière puis il bifurque dans les étendues de colza, côtoyant la N143 qui contourne la ville. Il s’en sépare pour traverser des jardins, descend vers la voie ferrée à hauteur d’un passage à niveau non gardé. Une poussive locomotive diesel remorquant du fret céréalier se fraie un passage dans la campagne à grand renfort de sifflet. Survient une courte ondée, prévisible mais soudaine.
Le sentier de grande randonnée va maintenant longer la voie ferrée pendant 5 km : d’un côté, au nord, les immensités de colza, de seigle et autres céréales ; de l’autre, au sud, la vallée de l’Indre dont les méandres serpentent dans les peupleraies, les frênaies et la forêt alluviale. Faisans et perdrix grises se laissent observer sur le parcours.
Viviane arrive à ma rencontre avec Oscar vers midi. Nous prenons le repas dans le camping-car, dominant un méandre de l’Indre, à hauteur du « camp de César ».
Avec Oscar à 14h je traverse Chambon, un hameau coincé entre la ligne de chemin de fer et la N143. On franchit à nouveau la grande route un peu plus loin pour entrer en forêt. Le soleil fait de prudentes réapparitions. Dans le sous-bois fleurissent les sceaux de Salomon.
Le sentier débouche dans les champs, en face d’une scierie au nord de Villedieu-sur-Indre. On retrouve Viviane aux abords de la forêt à 15h30.

Nous repartons à Buzançais pour nous installer dans un camping situé au bord de l’Indre. Isolés à l’extrémité du camping, nous y passons une belle soirée ensoleillée.

Samedi 7 mai 2005 : Villedieu-sur-Indre – la Chinte aux agneaux (Ardentes).

A 9h45 je m’enfonce en face de la ferme du Haras sous une « cathédrale verte » mais dans une allée boueuse.
Je gagne la zone artisanale de Villedieu-sur-Indre que je vais longer non loin de la route nationale. Le GR 46 côtoie des jardins, bosquets, vergers. Peu après il s’enfonce dans des chemins sans balisage parmi les immensités jaunes des champs de colza, s’éloignant de la grande route.
On est ici au sud de la Champagne berrichonne.
Le GR contourne une propriété privée, replonge dans les colzas hauts sur pied. Comme il se doit, la faune et la flore sont banales et clairsemées : perdrix et faisans peuplent les immensités. Un chevreuil broute sur les bas-côtés du chemin, se laisse surprendre, me précède, s’arrête de temps en temps et me laisse enfin le passage en fuyant en bonds élégants dans les céréales lorsqu’il me juge trop près.
Je traverse le village de Brelay, je franchis l’autoroute A20 et gagne une zone de vergers aux abords de l’agglomération de Châteauroux. Par défaut de balisage, le sentier se perd dans une zone de cultures et de jardins. Viviane, que j’ai contactée par téléphone, arrive parallèlement à moi de l’autre côté d’un champ. Je l’aperçois au loin avec Oscar. Je les rejoins en coupant au travers des cultures.
Le sentier atteint alors des vergers et des jardins, pénètre dans le quartier Saint-Christophe, au nord-ouest de Châteauroux. On retrouve à 13h10 le camping-car aux abords d’un cimetière.
Nous mangeons en limite d’un jardin. Après cela nous entreprenons la traversée de la ville en voiture pour gagner les faubourgs sud-est.

Le balisage du GR 46 reprend devant un château d’eau. Le sentier de randonnée traverse le périphérique sud par un passage souterrain, quitte la ville par le quartier de Brauderie. Il s’engage dans les prés et les champs, toujours céréaliers.
L’itinéraire se dirige à présent vers la forêt domaniale de Châteauroux qu’il atteint à Lourouer-les-Bois (hameau de la commune du Poinçonnet). Par une allée toute droite, l’allée du Maine, il parcourt la pointe nord-est de cette forêt. Il débouche auprès d’une propriété, franchit une voie de chemin de fer désaffectée. Peu après il emprunte un chemin bordé d’arbres, tout droit au milieu des champs. A 17h, Viviane et Oscar viennent à ma rencontre, au lieu-dit la Chinte aux Agneaux.
Nous allons passer la soirée ici, dans un renfoncement entre le chemin et les cultures. C’est la place de chant d’un rossignol qui entame sa mélodie variée à nos côtés. Au crépuscule, on aperçoit de nombreux lièvres qui gîtent et « bouquinent » aux alentours.

Dimanche 8 mai 2005 : La Chinte aux agneaux – bois St-Jean.

Au matin, toujours les lièvres qui parcourent les champs, sautillent sur quelques mètres, s’arrêtent tous les sens aux aguets, repartent…
Je reprends mon chemin à 8h30 avec Oscar. Le temps est ensoleillé, la température très agréable.
Le GR 46 s’engage dans un chemin herbeux rectiligne qui retraverse la voie de chemin de fer désaffectée. Oscar débusque un lièvre qui ne s’attarde pas.
A hauteur d’Ardentes, au large de la rive gauche de l’Indre, on entre dans le Boischaut-sud. Là aussi, la proximité de la Champagne a conduit à l’abandon des systèmes de polyculture-élevage au profit exclusif des céréales. Cependant les grandes étendues agricoles cèdent peu à peu la place au bocage.
Un camp de Manouches est situé sur l’ancien tracé du GR, fermé à cet endroit. Nous le contournons par la route. On me salue…
 Après la ferme de la Besace, nous empruntons un chemin herbeux. Nous franchissons à nouveau la voie de chemin de fer et arrivons sur la D19 où Viviane récupère Oscar.

Le paysage commence doucement à changer. Les chemins sont bordés d’arbres et de haies, les genêts à balais sont en fleur, l’horizon se vallonne. Je longe une pâture où paissent des charolais, premier troupeau rencontré sur le parcours du GR 46.
Je gagne les abords du château de Bonnet. Peu après je passe à hauteur d’un troupeau de vaches limousines dans un pacage protégé par des haies. De l’autre côté de la D19, le GR contourne un massif forestier par le nord puis entre en forêt pour s’engager plein sud dans le bois du Fond des Chaumes. Large chemin d’exploitation aux ornières inondées, détruit par les engins forestiers. Je longe plusieurs étangs pour atteindre une route départementale à hauteur du bois Saint-Jean.
Viviane m’attend à cet endroit. Nous mangeons dans le fourgon au bord du chemin, à proximité d’un des étangs.

 *****

Dimanche 15 mai 2005 : Bois St-Jean – Sarzay.

10h30 au bois St-Jean. J’emmène Oscar avec moi.
On traverse le bois, on débouche dans des cultures, on continue dans le bois des Tailles. Grésillement des grillons dans les prés…
On franchit la D19 et on gagne par la route le village de Tézé. Le GR s’enfonce alors dans le bocage berrichon par le chemin de la Caude.
Le Boischaut-sud est un pays de « bouchures », les haies locales, qui enclosent les champs et les prairies. Les haies du Boischaut-sud existent depuis longtemps. Elles étaient autrefois le moyen le plus simple et le plus économique de délimiter parcelles et propriétés. Après la Révolution, la disparition du droit d’aînesse a eu pour conséquence de multiplier les propriétés et de créer un lacis de bouchures foisonnantes enserrant des champs minuscules. Les divers remembrements menés depuis le XIXe siècle ont souvent porté un coup fatal au bocage. De nos jours on replante. Lueur d’espoir.
On retrouve la D19 ; on s’engage sur une petite route. Oscar plonge dans un marigot dont il ressort boueux. On gagne alors Lys-St-Georges, minuscule village berrichon aux quelques maisons bien fleuries réunies autour de l’imposant château entouré de douves. Perché au-dessus des vallées du Gourdon et de la Bouzanne, il est un promontoire sur les premiers contreforts du Massif central que l’on aperçoit au loin. Viviane m’attend sur la place. Je lui laisse Oscar, bien propre !
Je descends par la route vers la vallée du Gourdon. A hauteur de l’Hôpital, ancienne léproserie, le sentier longe le Gourdon par le chemin de la Marzelle. Des troupeaux de limousines et charolaises paissent dans les pacages.

Quand je retrouve Viviane, au bord d’une route, nous retournons nous installer en bordure du chemin de la Marzelle, en contrebas de Lys. Repas et sieste dans la voiture.

Je repars dans l’après-midi avec Oscar.
Nous traversons le village de Tranzault et poursuivons vers Trisset. Là je me trompe de direction. C’est devant la pancarte d’entrée d’agglomération de Tranzault que je fais demi-tour.
Le sentier s’engage dans le bocage, auprès d’un étang où Oscar s’empresse de se baigner. Le ciel se couvre. Parcours rectiligne sur un chemin bordé d’arbres et de haies. Peu avant d’atteindre le fourgon, la pluie commence à tomber, avec des rafales de vent d’ouest. Je revêts la cape de pluie pour le dernier kilomètre. Viviane nous attend au débouché du chemin, à l’entrée de Sarzay.

*****